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Aarti Tikoo : Les critiques diront peut-être que les musulmans ordinaires sont diabolisés par les universitaires qui écrivent sur l’islamisme ou l’économie halal. Certains comparent même la situation des musulmans aujourd’hui à celle des juifs avant la Seconde Guerre mondiale. Ils ont été diabolisés, leur économie ciblée et ont finalement subi un génocide. Comment peut-on accorder du crédit à de tels arguments ?

Florence Bergeaud Blackler : Cette comparaison est scandaleuse et minimise la Shoah. Il cherche à transformer la victimisation en pouvoir politique. Je répète sans cesse que le frérisme n’est qu’une interprétation de l’Islam.

Le problème est qu’être musulman sans respecter ces normes devient de plus en plus difficile, car les Frères musulmans assurent leur position hégémonique depuis 40 ans. Ils dominent les institutions islamiques et ont discrédité la religion que les enfants avaient traditionnellement héritée de leurs parents. Aujourd’hui, il est difficile de penser à l’Islam sans penser au halal ou au hijab. Le processus de réforme et d’assimilation a été stoppé il y a 30 ans. Les Frères musulmans n’ont jamais voulu travailler sur le texte (le Coran), mais plutôt sur le contexte : comment adapter l’Europe à l’Islam

Tikoo : Est-il possible pour les musulmans de remonter le temps et de choisir d’autres façons de pratiquer leur religion ?

Blackler : C’est possible mais de plus en plus difficile, car les musulmans qui le font sont souvent intimidés, accusés de trahison ou même rejetés par leurs familles. Ils s’attireraient des problèmes s’ils ne mangeaient pas halal, par exemple. La tâche qui nous incombe est de bien comprendre le frérisme afin de déconstruire ce qu’il a fait. Cela offrirait aux musulmans une possibilité d’assimilation.

Tikoo : Certains jeunes musulmans évoquent le passé sombre des puissances coloniales occidentales et affirment qu’il est désormais temps de se venger.

Blackler : Certains de ces jeunes sont des descendants de colonisés (voire parfois de familles ayant participé à la colonisation), ils ne sont pas directement concernés par ce système. Ils en font une ressource politique inépuisable, car, dans ce cas, l’esprit de vengeance ne connaît pas de limites.

Malheureusement, certains Européens sont d’accord avec eux, se sentant coupables et se détestant. Il faut rejeter catégoriquement ce chantage et cette odieuse propension à la culpabilité.

Tikoo : L’Europe est-elle le seul terrain de jeu de ce frérisme, ou a-t-elle des réseaux à travers le monde ?

Blackler : Le frérisme évite la confrontation politique directe. C’est pourquoi l’Europe constitue un terrain idéal pour leurs tactiques de soft power et de soft law. La raison en est la réglementation de l’Union européenne (UE) dans des secteurs tels que le marché, la sécurité ou l’immigration. Cette réglementation manque de cohérence. Ses politiques libérales sont incohérentes et ne reconnaissent pas le prosélytisme des minorités religieuses. Naturellement, les islamistes ne s’arrêtent pas à l’Europe mais je pense qu’ils comptent sur l’Europe et son argent pour former les élites qui pourront ensuite influencer le reste du monde.

Tikoo : Diriez-vous que l’UE retient la France de sa propre culture et entrave toute tentative d’assimilation des immigrés ? Voyez-vous une augmentation de la population qui mettrait fin à ce sentiment de culpabilité et exigerait l’assimilation ?

Blackler : L’Union européenne est définitivement un obstacle à l’assimilation en raison de ses politiques d’immigration. De plus, elle subventionne également des associations qui prétendent lutter contre le racisme et l’islamophobie. Ils passent leur temps à accuser les pays européens de colonisation et de « racisme systémique », mais ne proposent aucune solution. En fait, ils sont plus intéressés à créer un problème avant de proposer de le résoudre avec l’argent qu’ils demandent. Ces fonds se chiffrent en millions d’euros et confèrent également une légitimité à ces associations. Une partie de la population en a marre de cette mauvaise gestion de l’UE.

Tikoo : L’Inde doit également faire face à l’islamisme.

Blackler : J’ai remarqué que la situation en Inde est similaire : les islamistes sont puissants et s’appuient également sur la laïcité. L’islam politique est aujourd’hui souvent défendu par les laïcs. Il me semble que dès qu’on revendique un héritage culturel hindou ou qu’on évoque la primauté du territoire, on finit par être accusé d’islamophobie au nom de la « coexistence pacifique ».

Tikoo : La gauche semble s’excuser à l’égard de l’islamisme. Toute critique des associations œuvrant sur le plan sociétal est jugée islamophobe. Comment expliquer cette convergence entre la gauche et l’islamisme ?

Blackler : Cela ne concerne pas toute la gauche. À l’extrême gauche, certains voient en effet les musulmans comme un prolétariat de substitution et comme les meilleurs alliés pour combattre le capitalisme et le néolibéralisme. Ils pensent qu’ils peuvent utiliser les islamistes comme des instruments, sans se rendre compte qu’ils sont eux-mêmes utilisés. En fin de compte, ils perdront à ce jeu, comme ce qui s’est passé en Iran après la révolution islamique.

Tikoo : Vous faites face à des menaces de mort et vous vivez actuellement sous protection policière. Dans quelle mesure est-il difficile pour un universitaire d’écrire sur ces sujets, dans un contexte de débat public profondément polarisé et de culture d’annulation ?

Blackler : Cette protection est nécessaire pour que je puisse continuer à faire mon travail et le partager publiquement. Je ne devrais pas me laisser intimider. J’ai reçu des menaces de mort, mais j’ai également été victime d’attaques et de harcèlement de la part de mes propres collègues. Comme je l’ai mentionné, les universités ont été ciblées dès le début, conformément à une stratégie que les islamistes appellent « l’islamisation du savoir ». Ils tentent d’imposer l’idée que l’Islam ne peut être pensé et compris que dans une perspective islamique.

C’est un avantage pour certains universitaires qui s’alignent sur cette idée et œuvrent à délégitimer d’autres chercheurs. Je dirais que la chose la plus douloureuse pour moi, c’est de me retrouver si isolée. Heureusement, j’ai pu rencontrer d’autres universitaires européens confrontés à des problèmes similaires. Mais nous sommes très peu nombreux à pouvoir continuer le travail sans être attaqués sur le terrain d’arguments tout à fait fallacieux auxquels nous ne pouvons répondre. Des attaques simultanées ont eu lieu cette année, suggérant une volonté d’éradiquer toute critique de l’islamisme dans le monde universitaire

The New Indian

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